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Fonds de l'Union D’Électricité (UDE)

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L'archive en provenance du futur - Iglika Christova

L'archive en provenance du futur

L’archive à l’instar de l’oeuvre d’art se crée dans le regard du spectateur. Elle interprète tout autant qu’elle invite à l’interprétation. Archives et oeuvres d’art sont tournées vers l’avenir. Bien qu’elles ne puissent être appréhendées en dehors de leur contexte initial, elles ne se limitent jamais à celui-ci et d’une certaine façon lui échappe toujours, car par définition - si elles survivent dans la durée - elles sont toujours regardées depuis un autre espace-temps. L’archive et l’oeuvre d’art nous embarquent souvent dans des aller-retours temporels. Ainsi elles nous dépassent toujours, pointant entre autres l’impossibilité de saisir le réel (ce mot toujours inadéquat)… Pour qu’une archive ou une oeuvre d’art existent, il faut un encadrement (titre, légende, signature, institution etc…) mais l’archive comme l’oeuvre dépassent par définition tous limites d’une structure ordonnée.

La « vie » de l’archive dépend de l’interprétation des traces, du décryptage, de l’analyse… Processus par définition subjectifs car ils supposent des choix de mémoire, d’angles de vues, de sélections. L’archive invite donc à l’appropriation, au débordement, à l’intime. Elle engage l’histoire personnelle dans l’histoire collective. Le « ça à été » de Barthes saisit-il vraiment l’instant perdu ou lui donne-t-il plutôt une « seconde vie » forcément différente dans le contexte du présent ? Toute tentative de saisir l’instant d’un passé qui nous échappe n’est il pas au fond une recherche de promesse d’avenir ? Garder l'archive, c'est donc aussi la capacité à la transformer, la faire « vivre » voire revivre autrement en l’inscrivant dans l’avenir.

C’est dans cette perspective que je souhaite proposer à partir des fonds d’archives de l’usine de Gennevilliers un cheminement tourné vers le futur et qui interrogerait nos problématiques contemporaines. Ma proposition de recherche visera à interroger l’avenir au regard des catastrophes écologiques qui nous guettent. Ainsi, le fil conducteur de mes propositions plastiques suivra un schéma narratif mettant en scène un personnage fictif vivant en 2052 dans une ère post-apocalyptique où la catastrophe écologique tant redoutée couplée à des accidents nucléaires ont déjà eu lieu… Par conséquent, ce survivant - autrefois dessinateur de son métier - occupe les anciens terrains de l’usine de Gennevilliers afin d’essayer désespérément dans un élan « survivaliste » de reconstruire la centrale électrique à partir des fonds d’archives qu’il découvre dans des circonstances étranges… Ces fonds - témoignant de la construction de l’usine de Gennevilliers de 1920 à 1931 - lui permettront d’éclairer de nouveau son monde post-apocalyptique où la lumière et l’électricité sont un lointain souvenir d’une civilisation réduite au néant. Cette proposition pourrait donc mettre en scène la reconstruction fictionnelle de l’usine dans l’avenir. Je souhaiterais articuler mes travaux en ce sens sous formes de carnets de notes « réalisés » par ce personnage fictif (ces derniers comportant dessins, schémas, montages de photos, textes, notations, témoignages…) Ces recherches plastiques pourront s’appuyer entre autres sur la théorie du catastrophisme éclairé de Jean-Pierre Depuis qui nous invite à considérer la catastrophe non pas comme un risque mais comme une fatalité. Ce catastrophisme n’est pourtant pas pessimiste car il propose en effet de nous projeter dans le temps post-apocalyptique afin d’en mesurer les conséquences et ainsi nous inciter à éviter la catastrophe annoncée en changent notre présent… Le catastrophisme éclairé appelle en quelque sorte à une mémoire venue de l’avenir. Peut-on transposer ce paradoxe à l’archive ? A travers ces carnets de notes je souhaiterais suivre les pas fantomatiques de ce personnage du futur dans ses tentatives de reconstruction de l’usine de Gennevilliers afin de renouer avec la lumière. Entre fiction et science-fiction, l’idée serait de créer à partir des fonds d’archives de l’usine de Gennevilliers découverts en 2004 une archive imaginaire en provenance du futur… Les travaux réalisés dans le cadre de cette recherche peuvent apparaitre aussi comme des « images visionnaires » venus d’un futur sombre permettant d’apercevoir et d’anticiper la catastrophe. Comme pour une uchronie, la fiction incite à modifier un moment historique afin de modifier le présent en vue d’influencer l’avenir. Ma recherche s’appuyant sur cette fiction aux accents catastrophistes tentera d’envisager comment construire à partir de l’archive un récit où l’avenir et les enjeux du monde contemporains apparaissent comme un sujet central.

 

Reconstruction de l’usine de Gennevilliers

Archive en provenance du futur

 

 

iglika_christova_Fabrica Memoriae_carnet de notes_11 avril 2052
iglika_christova_Fabrica Memoriae_carnet de notes_12 avril 2052
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